Il est temps d’avoir un vrai débat sur la discrimination « positive » dans le cinéma (et dans les arts en général).

Depuis près de deux ans maintenant, les institutions qui subventionnent le cinéma ont mis en place des mesures discriminatoires (sexe, origine ethnique) qu’elles justifient par la nécessité de compenser pour une discrimination qui serait déjà présente dans le milieu du cinéma depuis longtemps. 

Officiellement, on parle surtout de mesures de « parité », un terme à la mode qu’on utilise pour ne pas avoir à utiliser l’expression « discrimination positive », plus controversée. On parle aussi de mesures de « diversité », mais je vais me concentrer sur les mesures de parité pour le moment.

Ces mesures, que peu de gens ont osé remettre en question, sont extrêmement discutables à mon avis, et elles auraient du faire l’objet d’un débat. Ce débat n’a pourtant pas eu lieu. Du moins, pas dans l’espace public…

Je reviens un peu en arrière…

C’est l’ONF qui a parti le bal en annonçant en mars 2016 que les femmes auraient « au moins » (drôle de parité !) la moitié des projets et des budgets.

Téléfilm Canada a ensuite annoncé, en novembre 2016 (la mesure est entrée en vigueur en juillet 2017), qu’elle favoriserait les femmes, à projets « égal », dans le but d’obtenir un portefeuille de productions «équilibré» qui «reflète la parité hommes-femmes» dans chacun des postes clés de réalisateur, de scénariste et de producteur, et ce pour… 2020.

Ça peut sembler raisonnable à première vue. Mais les femmes ne constituent que 31% des membres de l’ARRQ (Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec) et autour de 40% des membres de la SARTEC (Société des auteurs de radio, de télévision et de cinéma) et au moment ou Téléfilm Canada a mis en place ces mesures, elles y déposaient moins de 25% des projets. C’est plus complexe que ça, et j’y reviendrai, mais ç’est une évidence qu’il y a moins de femmes que d’hommes dans le milieu.

La SODEC a suivi avec sa propre mesure : si une compagnie de production veut présenter un second projet à un même dépôt, il doit être scénarisé ou réalisé par une femme. C’est une mesure qui a le mérite d’être simple. Et le démérite d’être très clairement discriminatoire. 

Et des mesures semblables ont été instaurées ailleurs (Fonds des médias du Canada, Québec Cinéma…).

Avec la mise en place de ces mesures de parité, les hommes ont tous été désignés comme des privilégiés qu’on peut défavoriser, et ce sans aucun égard à leurs parcours respectifs. Et les femmes (réalisatrices, scénaristes, mais aussi productrices), qu’elles aient été choyées par les institutions ou pas, font maintenant l’objet d’un traitement préférentiel.

Et tout ça s’est fait derrière des portes closes. Téléfilm Canada a mené des consultations plus poussées que l’ONF et la SODEC, mais principalement entre femmes (on notera l’ironie de ces consultations sur la parité qui sont loin d’être paritaires).

Les médias ont ensuite couvert l’arrivée de ces mesures en nous présentant le point de vue des gens qui les ont instaurées, ou de celles et ceux qui les ont réclamées. Mais jamais (ou presque, je n’ai trouvé qu’une exception) le point de vue de ceux qui en font les frais. Cette absence de regard critique est troublante.

Pour ce qui est du milieu du cinéma, on croirait presque à une omerta. En dehors des déclarations fracassantes de Sophie Lorain et des moqueries de Denys Arcand (on a pu deviner qu’il ne pense pas grand bien de la parité) à « Tout le monde en parle », on entend bien peu de protestations, mais pas tant de réjouissances non plus. Il y a un malaise évident.

Il y a pourtant lieu de se questionner sur au moins deux aspects :

1) C’est un débat complexe, mais ces mesures sont basées sur une théorie qui veut que la discrimination « systémique » explique la moindre présence des femmes dans le long-métrage de fiction. Or, il n’existe aucun portrait complet et objectif du milieu. En fait, la plupart des études existantes ont été menées par des réalisatrices et elles s’appuient beaucoup sur des témoignages. Aussi, des études sont encore en cours pour définir les obstacles auxquels feraient face les femmes dans leur parcours. Il y a encore bien des zones d’ombre dans tout ça.

2) Plus encore, on peut douter sérieusement de la légalité de ces mesures. La loi québécoise permet une discrimination en embauche, mais la mesure de la SODEC ne s’exerce pas dans un contexte d’embauche. La loi est plus permissive au fédéral, mais les mesures de Téléfilm Canada et de l’ONF correspondent assez peu aux principes qui sont censés guider les « programmes spéciaux » (qu’on peut voir ici : http://www.chrc-ccdp.gc.ca/fra/content/politiques-sur-les-programmes-speciaux). 

Bref, il y a un problème avec le diagnostic, mais aussi avec le remède.

Dès l’été 2017, j’ai contacté les deux syndicats (ARRQ et SARTEC) censés défendre les réalisateurs et les scénaristes pour leur demander de réagir et de condamner ces mesures. Pourtant, je sais que ces syndicats ont eux-mêmes réclamé ces mesures avec insistance. Mais j’ai pensé que soulever les deux aspects abordés plus haut provoquerait une réflexion. Un débat. Quelque chose.

Mais non, rien. On m’a reservi (à répétition) le cliché de la « juste place des femmes » (dans un domaine compétitif, la notion de juste place est absurde, mais j’y reviendrai), celui de la discrimination « systémique » (dont j’ai parlé plus haut) et d’autres… J’ai constaté plus tard que l’ARRQ et les « Réalisatrices Équitables » (regroupement de réalisatrices qui ont grandement influencé ces mesures et qui sont à l’origine de ce discours) partagent la même adresse postale et je me demande pourquoi je n’ai pas réalisé avant que c’était peine perdue…

Ne voulant pas m’en prendre directement aux institutions (incontournables pour qui souhaite faire des longs métrages), je me suis adressé au Ministère de la Culture (pour la SODEC) et au Ministère du Patrimoine (Téléfilm Canada, ONF) pour leur demander de ramener leurs sociétés d’État à la raison. Mais personne n’a voulu de la patate chaude et cela m’a mené, par ricochet, tout droit dans la boite de courriels des trois grands responsables de ces mesures, dans ces trois institutions… C’était en mars dernier.

Je n’irai pas plus loin pour le moment. Parce-que ce serait trop long. Mais aussi parce-que les échanges avec ces trois institutions semblent encore possibles.

Mais je reviendrai sur tout ça au cours des prochaines semaines et des prochains mois.

Je reviendrai sur le fait que ces mesures suscitent un gros malaise et que personne ne semble avoir envie d’en débattre.

Je décrirai aussi comment des institutions et des syndicats qui prétendent viser le même objectif n’ont pas la même conception de ce qu’est la parité. 

Je reviendrai sur la parité à l’ONF, qui n’a pas grand chose à voir avec la parité.

Je reviendrai aussi sur les  mesures de parité en musique et ailleurs dans le secteur culturel et sur les mesures dites de « diversité » qui posent à peu près les mêmes problèmes.

Je traiterai également de censure, puisque je vois un lien entre les deux phénomènes.

Et j’en ai long à écrire… Ça, c’était juste l’introduction.

 

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